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Le mystère des piqûres nocturnes durant notre sommeil… sur la piste des punaises de lit

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Le mystère des piqûres nocturnes durant notre sommeil… sur la piste des punaises de lit

Avant d’entamer le cœur du sujet, je tiens à vous faire une confession à propos du succès de mon blog. Effectivement, bien que son trafic l’amène à caracoler dans les sommets des blogs, la réalité est que son succès est surtout généré par une combinaison de belles images, une excellente indexation (avec des plug-ins secrets)… et la popularité des mes articles (intemporelle) sur les insectes et autres arthropodes.

En suivant la piste d’une espèce d’araignée, s’avère en fait une porte menant au mystère des piqûres nocturnes. Or, à constater la myriade de commentaires ayant été générés sous cet article, ce mystère n’est manifestement toujours pas résolu; d’autant plus que le débat fait toujours rage entre les accusateurs et défenseurs des araignées. Pour ma part, si j’attends encore des avis d’expert (comme celui-ci franchement pertinent de l’arachnologue Pierre Paquin) pour définitivement trancher la question quant à la possibilité que C. mildei puisse mordre les humains durant la nuit, il s’est à mes yeux révélé un nouveau suspect. Alors, étant donné l’intérêt manifeste que les internautes portent au sujet, je prendrai donc aujourd’hui l’occasion de vous partager l’évolution de ma réflexion.

La liste des suspects
Prédatrice, venimeuse, étrange, repoussante, nocturne, intrigante, mystérieuse, fascinante et chargée de symbolisme, depuis la nuit des temps l’araignée a marqué notre inconscient en tant que menace. Or elle est un bouc émissaire parfait quant aux «piqûres» inexpliquées durant notre sommeil. Mais si je crois toujours à la possibilité que C. mildei puisse mordre en de rares occasions, vous devez réaliser que les araignées ne sont pas hématophages. Bref, même si elles sont carnivores, les araignées ne se nourrissent pas directement du sang des vertébrés… et n’ont logiquement aucun intérêt à tenter de nous mordre. À contrario, certains arthropodes hématophages (hémato=sang, phage=manger) recherchent activement les humains puisque notre sang est indispensable à leur biologie. A titre indicatif, voici à ma connaissance la liste des arthropodes hématophages se retrouvant en France :
Les Culcidae… le plus grand tueur d’humain de tous les temps! En effet, les moustiques tiennent un rôle extrêmement important en santé humaine ou animale car ils concentrent, au delà de leur rôle de nuisants par les piqûres douloureuses qu’ils infligent, le plus important groupe de vecteurs d’agents pathogènes transmissibles à l’être humain. Ils sont vecteurs de trois groupes d’agents pathogènes pour l’être humain: Plasmodium, filaires des genres Wuchereria et Brugia, ainsi que de nombreux arbovirus
Les Simuliidae. Un autre diptère… vous savez, les petites criss de mouches noires!
Les Ceratopogonidae, qui en France appartiennent toutes au genre Culicoides. Sa piqûre donne une sensation de brûlure, si bien qu’elle lui a mérité le nom de «brûlot».

Les Culicoides abondent dans la forêt boréale. La présence de Culicoides sanguisuga et d’autres espèces rendent le camping intolérable dans certaines régions boisées durant le mois de juillet.
Les Tabanidae, c’est à dire la familles des taons. En France, on utilise également les termes mouche à cheval, mouche à chevreuil et frappe-à-bord pour leur propension à harceler le bétail. Il y est également courant d’entendre le mot «taon» utilisé pour désigner ce qui est en fait un bourdon. (Lire à cet effet mon article, Pour en finir avec la confusion sur certains insectes)
Les tiques, constituant l’ordre des Ixodida. Les tiques ne sont pas des insectes mais bien des acariens ectoparasites de vertébrés se nourrissant de leur sang grâce à un rostre.
Les phthiraptères (Phthiraptera) regroupent aujourd’hui dans un ordre unique l’ensemble des insectes classiquement désignés sous le nom de pou, parmi lesquels le pou de l’homme et le pou du pubis, vulgairement dénommé morpion.
L’ordre des siphonaptères (Siphonaptera) sont des insectes ptérygotes holométabole, caractérisés entre autres par leurs pièces buccales conformées en un appareil piqueur-suceur. Les puces sont des petits insectes ectoparasites. Elles infectent les mammifères (dont l’Homme) et quelques oiseaux, et vivent du sang de leurs porteurs.
Et finalement, un membre du sous-ordre des hétéroptères, Cimex lectularius, une punaise de lit largement répandue autour du monde. Nous y reviendrons…
À partir de cette liste de suspects, commençons maintenant notre investigation afin de trouver le principal coupable des piqûres nocturnes en France. Chez l‘ordre des diptères (Culcidae, Simuliidae, Ceratopogonidae, Tabanidae) il semblerait que seules les femelles soient hématophages (pour l’apport en protéines dans la formation des œufs). Les Tabanidae et les Simuliidae étant diurnes, nous pouvons d’emblée les exclure de la liste des suspects provoquant les piqûres nocturnes. Puis, si les moustiques demeurent toujours un éminent suspect d’envergure international quant aux piqûres (surtout si vous dormez avec des fenêtres ouvertes), il faudra toutefois les exclure avec leur cousin Ceratopogonidae si vous vous trouvez en hiver… particulièrement si les piqûres sont à des endroits sous les vêtements.

Dans la même logique environnementale, il faudra aussi éliminer en hiver la tique des suspects. Vivant dans les champs et les forêts tempérées, mais fuyant les zones froides, les tiques sont les plus gros acariens au monde. De toute façon, puisque les tiques s’enfoncent la tête dans la peau de leur victime pour y rester ainsi accrochées durant des heures en pompant le sang, leurs piqûres sont relativement bien identifiables.

Les tiques ne sont pas des insectes car elles ont plus de six pattes. Leurs tailles est extrêmement variables en fonction du repas sanguin.

Les tiques ne sont pas des insectes car elles ont plus de six pattes. Leurs tailles est extrêmement variables en fonction du repas sanguin.

Une tique… la tête bien incrustée dans son hôte

À première vue, les poux pourront peut-être sembler un suspect usuel, mais ces derniers finiront tôt ou tard par révéler leur présence puisqu’ils vivent en permanence sur leur hôte.

une infestation de poux dans des cheveux

Les puces quant à elles, étant des ectoparasites de nos animaux domestiques (mais pouvant se rabattre sur les humains fautes d’accès à leur hôte naturel), peuvent être quelquefois mises en cause dans les cas de piqûres nocturnes. Cependant, leur piqûre étant aussi douloureuse que celle faite par les moustiques, les puces réveilleront habituellement leur victime au moment de l’assaut. Par ailleurs, nous pouvons aussi vraisemblablement les exclure de la liste s’il n’y a jamais eu d’animaux domestiques dans l’habitation de la victime.

Une puce en train de piquer un humain

Si bien que sur la liste des arthropodes hématophage en France, il nous reste donc ici un suspect notable.

Les punaises de lit : Le principal suspect des piqûres nocturnes en France.

•Punaise de lits (Cimex lecularius)
•Ordre: Hétéroptères
•Famille: Cimicidés
•Taille adulte: 5 à 8 mm
•Activité: Principalement nocturne
•Période: Toute l’année
•Lieu: Habitat des humains, s’abrite dans les endroits sombres et secs

La punaise de lit est un insecte aptère (sans aile) et rampant. Pour se protéger, les punaises de lit ne sont pas bien pourvues par la nature. Elles ne volent pas, ne sautent pas, se déplacent lentement et ne dénotent aucune disposition efficace pour se défendre d’un prédateur (à part de simuler la mort). Cependant, il faut leur donner un atout de taille… celui de la discrétion. En effet, sa forme aplatie (1 à 2 mm) lui permet de s’infiltrer à peu prés partout (fissures étroites, coutures de matelas, derrière des plinthes). Et quand elle a repéré l’endroit où vient dormir sa source de nourriture (vous), elle se trouve une cachette (quasi toujours à moins de 4,5m du «steak») pour y demeurer dissimulée entre deux repas sanguins. Or, si dans les conditions optimales nous parlons de dix jours en moyenne entre deux repas sanguins, il faudra en déduire que la punaise de lit pourra pratiquement passer sa vie entière dissimulée dans sa cachette. Et si même sa source de nourriture en arrivait à quitter les lieux durant plusieurs semaines, la punaise de lit peut ralentir son métabolisme afin de survivre entre six à 12 mois mois sans nourriture. Or, cette faculté à survivre sans nourriture pendant de longues périodes fait de cet insecte un parasite difficile à combattre.

En cliquant sur cette photo, je vous propose la lecture d’un texte sur la sexualité« originale» des punaises de lit.

Les hétéroptères (Heteroptera), ou punaises, est un sous-ordre des hémiptères et appartient à l’ensemble des insectes ptérygotes hétérométaboles , avec un appareil buccal de type piqueur-suceur; et généralement des ailes postérieures membraneuses alors que les antérieures sont partiellement cornées

Je profiterai maintenant de l’occasion pour démystifier cette croyance que les punaises de lit vivent exclusivement dans les matelas (voir qu’il suffirait de jeter son matelas pour se débarrasser des punaises). En fait, nous devrions davantage considérer le matelas comme leur table à manger puisque les punaises de lit y vont principalement pour s’y nourrir. Et si de trouver des punaises dans les rebords des draps contours est un classique durant une infestation, elles préfèreront toutefois se dissimuler à l’intérieur de la base du lit, particulièrement si celle-ci est faite en bois. Alors, dites-vous qu’avant d’apercevoir des punaises sur les rebords de votre lit, celles-ci auront auparavant investi les interstices et les trous de vis dans la base de bois, l’endos de la tête de lit et la table de chevet.

L’intérieur d’une base de bois constitue la cachette de prédilection des punaises de lit. Pour connaître d’autre cachette des punaises, allez visiter le contenu des autres articles du blog.

Combien de punaises voyez-vous dissimulées dans ce simple trou de vis (dans ce cas ci dans une chaise) ?

Maintenant, dans la perspective qu’il y ait présence de punaises dans un logement, vous devez discerner deux types de cas de figure distincts: L’infestation progressive et la punaise furtive. Ces deux types de situation ayant des impacts radicalement différents sur la condition de vie des victimes, les solutions pour éliminer le problème diffèrent aussi.

L’infestation progressive par des punaises de lit
C’est le cas classique dont tout le monde parle (et le scénario d’horreur si aucun professionnel n’intervient). Un couple ou plusieurs individus de punaises ont colonisé un domicile et se reproduise à un rythme exponentiel. Au début de l’invasion, les punaises sont difficiles à détecter. Mais puisque chaque femelle fécondée peut pondre jusqu’à 5 œufs par jour, le nombre d’individus finit par exponentiellement exploser jusqu’à ce que les punaises sortent en plein jour de leur cachette pour se balader librement dans le logement infecté.

Dans ce cas-ci, seul un traitement fait par des professionnels en gestion parasitaire peut venir à bout de l’infestation. Mais encore là, la règle d’or pour augmenter le pourcentage de réussite d’une opération d’extermination demeure la rapidité d’intervention. Car plus il y a de punaises de lit dans un logement, plus les risques d’y laisser des survivants après un traitement sont élevés; et c’est d’autant plus vrai si le logement est encombré d’objets (qui sont autant de cachettes à l’abri des pesticides).

Dans un même ordre d’idée, il faut réaliser que plus un logement est massivement infecté par les punaises de lit, plus ses occupants risquent d’y disséminer le parasite dans tous leurs déplacements. C’est ici que nous arrivons au deuxième cas de figure; une situation pratiquement jamais expliquée par les médias.

La punaise furtive (et le mystère des piqûres nocturnes)
Ainsi, tous les grands centres urbains du monde font face au retour en force des punaises de lit. Paris n’échappant pas à l’invasion, il faut réaliser que dans la ville plusieurs citoyens transportent des punaises dans leurs vêtements et bagages (et c’est encore plus vrai dans le cas des itinérants). Alors, les chances d’attraper une punaise dans un lieu public sont concrètes (banc public, transport en commun, cinéma, chambre d’hôtel, restaurant, bibliothèque, bâtiment institutionnel, etc).

En se promenant d’un refuge à l’autre, les vagabonds et les sans-abris demeurent un vecteur par excellence des punaises à travers les villes. Un jour, il faudra vraiment s’attaquer à cet aspect fondamental du problème.

Imaginez maintenant que vous ramenez à votre domicile l’une de ces nombreuses punaises trainant ici et là dans la ville. Tôt ou tard, cette dernière finira par s’installer aux alentours du lit (en suivant la concentration du gaz carbonique que vous dégagez la nuit). Et là, tel un vampire tapi dans l’ombre, cette punaise attendra que votre sommeil soit assez profond pour venir furtivement vous piquer. Et ne pensez pas que cette piqûre puisse vous réveiller, car contrairement aux piqûres de puces et de moustiques, la piqûre de la punaise est indolore (et heureusement, le seul point positif ici c’est qu’elle ne transporterait aucune maladie transmissible aux humains).

Maintenant, voyez-vous un peu mieux le portrait se dessiner? Approximativement à chaque 10 jours (c’est à dire entre chaque repas sanguin), la personne ayant une punaise furtive installée dans sa chambre se réveillera au matin avec une piqûre. Le pire, c’est que ce manège peut durer jusqu’à ce que la punaise meure de vieillesse (je vous rappelle que l’espérance de vie d’une punaise varierait entre 6 et 12 mois). Or, si cette situation est décidément moins dramatique qu’une infestation de punaises classique, il en demeure pas moins qu’elle peut rendre folle certaines personnes… d’autant plus que dans ce cas, les solutions sont moins évidentes qu’un traitement conventionnel avec une panoplie de pesticides.

En effet, que peut bien faire un professionnel quand il est question de trouver une seule punaise? Ici, c’est littéralement chercher une aiguille dans une botte de foin! Dans ce cas, en considérant aussi tous les désagréments que cela implique aux habitants du lieu concerné, faut-il vraiment mettre en branle un lourd traitement impliquant des pesticides pour tuer une seule punaise? Ensuite, si nous excluons l’option du traitement avec pesticides, un professionnel risquera-t’il son temps et sa réputation en se lançant à la chasse d’une seule punaise… d’autant plus quand personne ne semble en mesure d’identifier formellement le coupable? Car, il n’y a rien qui ressemble plus à la piqûre d’un arthropode qu’une piqûre fait par un autre arthropode. Et là, je ne vous parle pas du fait que diverses lésions cutanées peuvent se confondre à tort avec des morsures d’arthropodes. En effet, il peut des fois s’agir de symptômes associés au virus Herpes simplex, à une dermatite arthritique, à un ulcère diabétique, à des plaies de lit, à une réaction à l’herbe à puce, à une infections d’origine bactérienne, voire à une allergie mystérieuse comme il s’en retrouve toujours davantage dans nos villes industrialisées. Si bien qu’en cherchant le coupable pour les étranges réactions cutanées, les médecins, souvent complètement ignorants dans le domaine entomologique, concluront très facilement aux «morsures d’araignées» et aux piqûres de punaises… quand finalement, ils n’ont aucune idée de ce dont il s’agit.

Par ailleurs, vous devez savoir qu’avant de pomper le sang de sa proie, la punaise y injectera préalablement un anesthésiant doublé d’un anticoagulant. Ainsi, chaque personne réagira différemment à l’introduction de ces substances étrangères dans leur organisme. Certaines personnes n’auront donc aucune réaction (et ignoreront même qu’elles ont été piquées), d’autres seront fortement allergiques et feront des plaques cutanées sur leur peau.

Pour la punaise de lit, devons-nous parler de piqûre ou de morsure? Avec son rostre en guise de mandibule, la punaise de lit fait parti des insectes communément appelé piqueur-suceur, car c’est avec cet appareil buccale qu’elle arrive à percer notre peau pour en aspirer le sang

Alors, puisqu’une piqûre de punaise peut exactement ressembler à la piqûre faite par un moustique, c’est souvent le lieu de la piqûre (la scène du crime) qui donnera l’indice principal quant à l’identité du suspect. Par exemple, si vous vous êtes fait piquer en camping, de surcroit en dormant sous les étoiles, vous pouvez logiquement exclure les punaises de lit des suspects principaux. Inversement, si vous vous faites piquer en plein hiver dans un logement social au centre-ville d’une métropole, vous pouvez pratiquement parier sur l’implication d’une ou des punaises de lit.

Une autre dynamique pour nous mêler davantage quant à l’identification du coupable, est le fait que les punaises de lit ne sont pas également attirées d’une personne à l’autre. Si bien que dans un logement infecté par des punaises, voire dans un même lit, il est fréquent qu’une personne en particulier attire davantage la/les punaises dans sa direction. D’ailleurs, c’est un sujet qui anime les scientifiques ici. Car puisqu’il semble question que des kairomones spécifiques guident les punaises vers leurs proies,

Parce que voyez-vous, au niveau de la gestion de l’invasion des punaises au niveau municipal, les opérations d’exterminations actuelles font aussi partie du problème… en repoussant trop souvent le parasite d’un logement à l’autre. En effet, puisque justement les pesticides actuels sont des répulsifs, un traitement dans un logement pourra chasser les punaises cachées dans les murs vers un logement voisin.

Étant arrosé de pesticide par les humains depuis plus d’un siècle, c’est toujours une course contre la montre pour trouver des nouveaux pesticides contre les nouvelles souches résistantes de punaises. En ce sens, pour réaliser que la lutte intégrée devrait toujours être préconisée dans notre lutte contre les insectes ravageurs, je vous invite à lire mon article «Les préceptes de la lutte intégrée» afin de saisir les capacités d’adaptation des êtres vivants.

La punaise est plus terrible que le remords car ce dernier respecte le sommeil du juste
-Eugène Chavette

De prime abord avec cet article, je voulais quelque peu innocenter l’araignée quant à son implication systématique dans les morsures nocturnes. En effet, quand j’examine les statistiques de mon blog, je suis ébahi par le nombre de recherches sur les piqures nocturnes. En ce sens, force est donc de constater que des milliers de personnes recherchent sur le Web des réponses à leur question… et que les araignées figurent évidemment comme premier suspect dans la conscience populaire. Alors, étant donné que la conclusion de l’article concerné s’ouvre aux mystères des morsures nocturnes sans vraiment donner de réponses (rien pour sécuriser mes lecteurs), je me sentais en devoir aussi de partager ma nouvelle compréhension du sujet.

Ch. Grandhaye - DG de la vie sans punaise de lit

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